"Le match du siècle" raconte l'incroyable épopée d'ouvrières footballeuses anglaises suivi d'un silence radio de plus de 50 ans…
Cette semaine, on parle de courageuses ouvrières footeuses, d'un enfant soldat, de mission spatiale qui dérape ou encore de l'univers du skateboard !

- Publié le 05-05-2026 à 11h20

Deux fois par mois, nous vous parlons et présentons des nouvelles BD qui atterrissent dans les rayons des librairies. Toute une série d'aventures pour adultes, jeunes et ados à découvrir. Faites votre choix et surtout… prenez le plaisir de lire !
La BD sniper : l'histoire de héros japonais et finlandais mixée dans un récit brutal
"La mort blanche" chez Grand Angle. Au nord de la Finlande, un fantôme rôde sur les lacs gelés. Riku, surnommé "Mort Blanche", traque en silence, marqué par des années de guerre et son enfance brutale. Dressé à ne jamais cligner des yeux, il a grandi entre la violence de son père et la douceur de Lümi, la voisine, qui lui a appris à observer la vie plutôt qu'à tuer. En 1939, l'invasion soviétique le précipite dans une guerre où il devient un tireur invisible, effaçant ses traces et semant la peur dans les forêts enneigées.
Ce qu'on a pensé : On a adoré l'ambiance glaciale, figée de cette histoire fortement inspirée et mixée de celles du héros finlandais de la seconde guerre mondiale, Simo Häyhä, et d'un autre héros japonais Hiroo Onoda. L'idée est à attribuer au Bruxellois Kid Toussaint aidé en cela pour les dessins par l'Espagnol Iñaki Holgado. Certes, il y a de la violence, beaucoup, et des balles qui sifflent atteignant quasi toujours leur cible laissant une traînée rougeâtre dans la blancheur du tapis neigeux… Mais, c'est également un récit introspectif et le volet psychologique a donc également son importance et s'attarde sur la dimension mentale du héros. Une forme d'hommage à ces soldats abandonnés à leur triste sort et leur exil cérébral…
La BD sport et féminisme : il y a un peu plus de 100 ans le foot féminin entrait dans la légende
"Le match du siècle" chez Dupuis. 23 mars 1920. Plus de 60 000 supporters se pressent aux abords du Goodison Park à Liverpool pour un match qui s'annonce légendaire. Au-delà d'une victoire, c'est une reconnaissance que les joueuses viennent chercher sur le terrain : celle de leur place dans la société. Cinq ans plus tôt, Katie et les autres commencent leur emploi d'ouvrières pour pallier l'absence des hommes, mobilisés au front. Sur leur temps de pause, comme eux avant, elles jouent au ballon. Elles y jouent même bien…
Ce qu'on en a pensé : C'est sans doute notre coup de cœur de ce numéro. À l'heure où le sport féminin, et le football en tête, suscite de plus en plus l'intérêt des médias et du grand public, ce témoignage historique mué en fiction tombe à pic ! En effet, il permettra de mettre en lumière l'incroyable passage à vide de plus de 50 ans du foot féminin en Angleterre… Derrière ce trou noir un seul mot : The Ban. La société puritaine et conservatrice anglaise estimant au détour des années 1920 que, décidément non, la conduite d'une balle lorsqu'on est une femme c'est "shocking" ! On n'est pas tombé sous le charme du dessin de Seb Piquet mais il ne déforce pas le récit. En sous-sujet, il y a la lutte ouvrière internationale par rapport au patronat qui s'en met plein les poches. Sans oublier, bien entendu, cette amitié autour du ballon rond de ces femmes qui resteront amies et complices jusqu'à la fin de leur vie. Le sport, comme moteur émancipateur et tissu social !
La BD coup de poing : l'enfant de toutes les guerres actuelles et à venir
"Allah n'est pas obligé" chez Dupuis. Birahima est un garçon insolent et attachant de 8 ans vivant en Guinée. À la mort de sa mère malade, il doit rejoindre sa tante Mahan qui vit au Liberia, où une violente guerre civile fait rage. Yacouba, un grand marabout et businessman charismatique, doit le guider jusqu'à elle. Mais les voyageurs sont attaqués dès qu'ils franchissent la frontière. Pour sauver sa vie, Birahima n'a pas d'autre choix que de devenir un petit soldat…
Notre avis : Cette BD, adaptée directement du roman d'Ahmadou Kourouma, sort conjointement avec un film d'animation dans les salles. Zaven Najjar tire un percutant film d'animation ainsi qu'une BD explorant le destin de Birahima, jeune garçon insolent et attachant devenu enfant-soldat. Birahima va vous raconter avec ses mots explosifs, passant de l'innocence à l'horreur, son périple à travers l'Afrique de l'Ouest en pleine guerre civile. L'enfant traverse le chaos fait de violence, de pillage, d'usage de drogue,…
Un roman graphique très fort, dont le dessin tiré du film d'animation est très coloré et contraste avec la noirceur des propos. L'enfant parle de manière brute et directe de la violence à laquelle il est confronté. Cet enfant-soldat est l'enfant de toutes les guerres actuelles et à venir. Birahima, comme tout enfant, essaye de s'accrocher à ses rêves et c'est à ses dictionnaires qu'il s'accrochera comme à une arme pour s'expliquer l'indicible.
La BD science-fiction : ambiance sombre, oppressante et tendue
"Personne" chez Dargaud. Cette mission spatiale à venir, c'est sa vie… Dix années qu'il la prépare ! L'ingénieur Daniel Nikto et son équipe vont passer deux ans à explorer les sous-sols de la lune Europe et à y organiser une colonisation prochaine. Pour Daniel, ce seront aussi deux années sans Eva, son épouse, et surtout, sans sa fille Enya. Cette séparation a beau lui peser, impossible de ne pas partir. Mais quand un neurologue annonce à Daniel qu'il a une tumeur au cerveau dont l'évolution est imprévisible, les responsables de la mission ne prennent aucun risque et décident de le remplacer…
Ce qu'on en a pensé. En lisant la BD "Personne", éditée chez Dargaud, c'est toute une série d'œuvres du cinéma de science-Fiction qui nous viennent en tête. De "2001, l'odyssée de l'espace" à "Interstellar", les références semblent nombreuses pour un genre qui ne s'est jamais essoufflé. Le scénario de Philippe Pelaez tient du thriller psychologique se déroulant à des millions de kilomètres de la planète Terre. Cette excellente histoire, qui oscille donc entre conséquence de l'isolement spatial et maladie dégénérative, est servie par le dessin ambitieux de Guénaël Grabowski. C'est clairement une autre bonne pioche de cette rubrique. Le lecteur sera plongé dans une ambiance sombre, oppressante et parfois tendue. Attention, il ne s'agit pas uniquement d'un huis clos intersidéral. De nombreuses scènes, ainsi que la genèse de l'histoire, se déroulant sur terre.
La BD surnaturelle : Victor Hugo s'enfonce doucement dans une forme de folie mystique
"Victor Hugo, La Bouche d'ombre" chez Anspach. Septembre 1843. En feuilletant distraitement un journal, Victor Hugo apprend la mort tragique de sa fille Léopoldine, noyée dans la Seine avec son mari. Le choc est tel qu'il s'enferme dans un silence de dix ans. En 1853, proscrit par Napoléon III, Hugo s'exile sur l'île de Jersey, avec sa famille et ses fidèles. Là, Hugo s'adonne au spiritisme : les tables parlent, les voix répondent, les morts semblent revenir…
Ce qu'on en a pensé. Nouvelle collaboration fructueuse entre l'auteur Rodolphe et les éditions Anspach, après notamment "La main du Diable" ou "Pump". Il s'attaque ici, avec l'appui d'Olivier Roman aux dessins, à l'exil anglais de Victor Hugo empreint de fantastique, de spiritisme et de dialogue avec l'au-delà. Des séances très en vogue à l'époque dans les cercles bourgeois, huppés et cultivés. Le monument de la littérature française n'y a pas échappé, probablement poussé aussi par le chagrin dû à la perte de sa fille aînée. On y accompagne un Hugo qui s'enfonce doucement dans une forme de folie mystique en appelant même à la création d'une nouvelle religion… Sur cette île de Jersey, d'une grande beauté sauvage et composée en partie de landes qui abritent certainement quelques esprits errants, le récit n'est que magnifié par ces décors naturels…
La BD fantasmagorique : un voyage onirique et fantastique
"Ornithomaniacs" chez Dupuis. Bienvenue dans le quotidien de Niniche, une jeune fille qui, comme tous les ados de son âge, rêve d'évasion et d'aventure. Mais contrairement aux "autres", une étrange métamorphose s'opère en elle : des ailes bourgeonnent sur son dos. Ce qui n'est pas du goût de sa mère, au caractère difficile et envahissant. Alors que Niniche s'endort, elle se retrouve catapultée dans un monde étrange, peuplé de créatures ailées et d'oiseaux en tout genre.
Ce qu'on en a pensé. Fable fantastique, Ornithomaniacs est un voyage onirique qui convoque des sujets chers à Daria : la science, la philosophie et l'Art, avec un hommage sympathique au peintre Edward Hopper, et qui nous interroge sur la mutation du corps.
Enfin, à noter encore, trois autres sorties intéressantes. D'abord chez Bamboo, on s'amuse des fumeurs qui n'arrivent pas à s'arrêter avec la nouvelle série "À notre santé : K.O., la clope !" . En effet, dire adieu à la clope, ce n'est pas gagné ! Pourtant, c'est le défi que se lance une bande de potes bien décidés à dire stop au tabac. Chacun sa méthode, chacun ses ratés, mais tous gardent le sens de l'humour !
Ensuite, un petit bijou pour les fans de skateboard chez Casterman avec ce "Skating Wilder" ! Personne ne sait exactement qui l'a inventé, mais il a envoyé des générations de braves guerriers s'élancer sur les trottoirs. À l'image d'"In Waves", Skating Wilder retrace l'histoire méconnue du skateboard. Véritable phénomène de société, on découvre au fil des pages combien ce sport a depuis toujours été symbole de contreculture et véritable art de vivre…
Et dans un tout autre style, chez Casterman également, le premier tome de "Thermae Romae Redux". Dans un pur style japonais grâce à la mangaka Mari Yamazaki, on découvre la vie au cœur des thermes romaines. Lucius Modestus est un architecte concepteur de thermes dans la Rome du IIᵉ siècle de notre ère. Cet amoureux des bains ne comprend plus son époque. Son épouse a quitté le foyer, son fils juge sévèrement ses choix de vie, les Romains délaissent l'antique virtus pour se vautrer dans les plaisirs futiles… Et si la solution venait de cette mystérieuse contrée au-delà de l'espace et du temps, le Japon ?
