L'INAMI durcit les règles des hygiénistes dentaires et conforte une situation absurde : "Des milliers de patients risquent de payer cette incohérence"

Des soins autorisés par Arrêté Royal mais non remboursés par l'INAMI condamnent une profession reconnue et nécessaire.

 En moyenne, il y a 4,84 dentistes pour 10 000 habitants en province de Luxembourg.
Les prestations remboursées sont très déduites. ©Shutterstock 

En Belgique, les situations administrativement absurdes ne sont pas rares. Mais celle des hygiénistes bucco-dentaires mérite sans doute une mention spéciale… tant elle a de quoi faire grincer des dents.

Cette profession relativement récente a été pensée pour renforcer la prévention. "Nous sommes formés, qualifiés, encadrés par un cadre légal clair repris dans un Arrêté Royal", explique Pierre (prénom d'emprunt), hygiéniste bucco-dentaire en région bruxelloise.

Sur le papier, le sourire est donc impeccable. Dans la réalité, il est déjà un peu plus crispé. Depuis octobre 2022, la nomenclature imposée par l'INAMI limite en effet les remboursements des prestations des hygiénistes à deux actes : le détartrage et le scellement de sillons. Deux actes. Autant dire pratiquement rien, au regard des compétences pourtant reconnues.

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Le paradoxe, lui, est parfaitement poli : ces actes non remboursés existent bien dans la nomenclature de l'INAMI… mais uniquement pour les dentistes. "En clair, un même acte sera remboursé s'il est effectué par un dentiste, mais ne le sera pas s'il est réalisé par un hygiéniste. C'est une incohérence difficilement défendable", continue Pierre

Pour les patients, le choix est vite fait, ou plutôt imposé : passer par le dentiste… ou sortir le portefeuille et… plomber ses finances.

Rappel à l'ordre de l'INAMI

Et, comme si cela n'était pas assez, l'INAMI a récemment fait parvenir un courrier aux dentistes, rappelant que seuls les actes personnellement effectués peuvent être facturés, sous peine de contrôles et de sanctions. Traduction : pas la peine de trouver des arrangements et de "sous-traiter", même lorsque les soins sont parfaitement exécutés et légaux dans le chef des hygiénistes.

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"En fait et en toute logique, ces codes de prévention devraient être ouverts tant aux dentistes qu'aux hygiénistes pour que le patient soit remboursé tant chez l'un que chez l'autre. Effectivement la solution trouvée par certains a été d'attester avec les codes des dentistes pour la simple et bonne raison qu'il n'est pas possible de faire autrement ! Le plus fou, c'est que cette situation délicate et cette zone grise a été créée par les mêmes personnes veulent maintenant punir ceux qui cherchaient une solution", déplore Pierre.

Résultat : une prévention mise sous anesthésie, des patients qui reportent leurs soins ou les paient de leur poche et une profession priée de rester sur le fauteuil… sans vraiment pouvoir exercer.

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Le ministre doit agir

"C'est d'autant plus incompréhensible que la prévention fonctionne. Elle réduit les coûts à long terme, améliore la santé globale et désengorge les cabinets dentaires. Tout le monde y gagne… sauf dans le système actuel."

Pour Pierre, l'urgence est réelle : "Il est temps de corriger cette aberration administrative, avant que ce métier, et tout

ce qu'il représente, ne soit étouffé avant même d'avoir pu prouver pleinement son utilité."

Contact a été pris avec le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, ainsi qu'avec l'INAMI. "Aujourd'hui, ce ne sont pas seulement les hygiénistes qui sont pénalisés. Ce sont surtout des milliers de patients qui risquent de payer le prix de cette incohérence". Et, l'addition pourrait être salée.

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